[Interview] Burkina : la fistule obstétricale, cette maladie honteuse qui tue la dignité des femmes

La fistule obstétricale reste un problème majeur de santé publique dans plusieurs pays africains, notamment au Burkina Faso. Malgré les progrès accomplis en matière de santé maternelle, des cas continuent d’être enregistrés, en particulier dans les zones reculées où l’accès à des soins obstétricaux de qualité demeure limité. Chaque année, des milliers de femmes vivent avec cette complication, qui entraîne des fuites permanentes d’urine ou de selles. Au-delà des conséquences médicales, la fistule est souvent source d’exclusion sociale, de perte de revenus et, dans bien des cas, de profonde détresse psychologique, pouvant aller jusqu’à la dépression. Pour mieux comprendre cette maladie, ses causes, les moyens de prévention et les possibilités de prise en charge, Libre Info est allé à la rencontre du Dr Josiane Ouédraogo, gynécologue-obstétricienne et présidente de l’Association Genitcare.

Propos recueillis par Sandra Traoré

Libre Info : Docteur, qu’est-ce qu’une fistule obstétricale et comment se manifeste-t-elle ?

Dr Josiane Ouédraogo : La fistule obstétricale est une grave complication de l’accouchement. Elle survient lorsqu’une femme connaît un travail long et difficile sans bénéficier d’une prise en charge médicale rapide.

Concrètement, pendant un accouchement bloqué, la tête du bébé reste coincée dans le bassin. Cette pression prolongée interrompt la circulation sanguine vers les tissus situés entre la vessie et le vagin, ou entre le rectum et le vagin. Les tissus finissent par nécroser, créant ainsi un orifice anormal.

Si ce trou relie la vessie au vagin, on parle de fistule vésico-vaginale : la femme perd continuellement ses urines par le vagin. S’il relie le rectum au vagin, il s’agit d’une fistule recto-vaginale : ce sont les selles qui s’écoulent par le vagin.

En résumé, la fistule obstétricale est une ouverture anormale survenant après un accouchement difficile. Elle entraîne des fuites permanentes d’urine ou de selles, avec de lourdes répercussions sur la santé, la dignité et la vie sociale des femmes. Cette pathologie est souvent liée à un accès insuffisant à des soins obstétricaux de qualité, aux inégalités sociales et à une prise en charge tardive des accouchements compliqués.

Libre Info : Quelles sont les principales causes de la fistule obstétricale ?

Dr Josiane Ouédraogo : La cause principale est le retard dans l’accès à une assistance qualifiée lors de l’accouchement, ce qui renvoie aux trois retards classiques :

· le retard dans la décision de chercher des soins ;

· le retard dans l’accès à une structure de santé ;

· le retard dans la prise en charge une fois arrivée au centre.

Derrière ces retards se cachent plusieurs facteurs : l’ignorance, la pauvreté, le manque d’éducation, les mariages précoces, l’absence d’espacement des naissances et le non-respect des droits humains.

Libre Info : Quels sont les organes généralement touchés ?

Dr Josiane Ouédraogo : Les organes les plus souvent atteints sont la vessie, l’utérus, le vagin et le rectum.

On distingue principalement trois types de fistules :

· la fistule vésico-utérine : communication anormale entre la vessie et l’utérus ;

· la fistule vésico-vaginale : communication entre la vessie et le vagin ;

· la fistule recto-vaginale : communication entre le rectum et le vagin.

D’autres formes existent, mais elles sont plus rares.

Libre Info : Pourquoi les pertes urinaires ou fécales sont-elles les principaux symptômes ?

Dr Josiane Ouédraogo : Normalement, lorsque vous ressentez l’envie d’uriner, vous pouvez vous retenir grâce à des muscles qui se contractent. Mais en cas de fistule, le trou crée un passage anormal qui contourne ce système. L’urine s’écoule sans que la femme puisse la contrôler.

C’est le même mécanisme pour les selles : le sphincter anal, puissant muscle de retenue, est contourné en cas de fistule recto-vaginale. Pendant l’accouchement difficile, la tête du bébé comprime les tissus mous, qui finissent par se déchirer et former ces passages anormaux.

Ainsi, une femme atteinte de fistule peut être assise dans un bureau de consultation tout en ayant des fuites qu’elle ne peut absolument pas maîtriser.

Libre Info : Quels sont les signes de la fistule obstétricale ?

Dr Josiane Ouédraogo : Le signe principal est une fuite permanente et incontrôlable d’urine, ce que les médecins appellent une incontinence urinaire.

La femme est constamment mouillée et dégage une forte odeur d’urine. Son entourage peut la percevoir comme « sale », alors qu’elle n’a aucun contrôle sur cette situation. Le contact permanent de l’urine avec la peau provoque souvent des irritations et des lésions, notamment au niveau des fesses et des parties intimes.

Au-delà des manifestations physiques, la fistule entraîne de lourdes conséquences sociales : beaucoup de femmes s’isolent par honte, évitent les contacts et vivent dans une profonde souffrance. Comme le disent souvent les patientes : « Je suis tout le temps mouillée. » Cette fuite permanente bouleverse complètement leur quotidien.

Les répercussions psychologiques sont également majeures : certaines développent une dépression, perdent toute estime d’elles-mêmes et, dans les cas les plus graves, peuvent avoir des idées suicidaires. L’accouchement difficile peut aussi endommager les nerfs du bassin, entraînant des difficultés à marcher ou d’autres troubles neurologiques.

Libre Info : Pourquoi un travail prolongé peut-il provoquer une fistule ?

Dr Josiane Ouédraogo : La fistule obstétricale est souvent la conséquence d’un accouchement long et difficile, marqué par les trois retards évoqués plus haut.

· Premier retard : au sein de la famille, la décision d’emmener la femme à l’hôpital est parfois prise trop tard. Les moyens de transport sont souvent précaires (charrette, moto), et en saison des pluies, les routes deviennent impraticables.

· Deuxième retard : au premier contact avec le système de santé, généralement un centre de santé de base (CSPS), qui ne dispose pas toujours du plateau technique nécessaire. La femme doit alors être transférée vers un établissement mieux équipé.

· Troisième retard : dans la structure de référence, la prise en charge peut nécessiter la mobilisation de toute une équipe (gynécologue, anesthésiste, infirmiers), ce qui prend un temps précieux.

L’accumulation de ces retards prolonge le travail et augmente considérablement le risque de fistule. Cette complication suit d’ailleurs la même logique que la mortalité maternelle : lorsque la femme ne décède pas, elle peut survivre avec de graves séquelles.

Au-delà des lésions physiques, la fistule entraîne souvent le rejet, l’abandon par le conjoint, la perte d’estime de soi et l’exclusion sociale. Pourtant, elle est évitable grâce à un suivi prénatal de qualité, un accouchement assisté par du personnel qualifié et une prise en charge rapide des complications.

Libre Info : Quel lien existe-t-il entre grossesses précoces et fistule ?

Dr Josiane Ouédraogo : Chez une très jeune fille, le bassin n’est pas encore complètement développé et les tissus de l’appareil génital sont immatures. À 12 ans, par exemple, le corps n’est pas prêt à supporter un accouchement comme celui d’une femme adulte.

En cas de travail prolongé, le bébé exerce une forte pression sur des tissus fragiles, ce qui peut provoquer des lésions et favoriser l’apparition d’une fistule. Le passage du bébé n’est pas suffisamment adapté, ce qui augmente considérablement le risque.

Libre Info : En quoi les difficultés d’accès aux soins et le manque de personnel qualifié favorisent-ils cette maladie ?

Dr Josiane Ouédraogo : L’assistance qualifiée à l’accouchement repose avant tout sur la présence d’une sage-femme, formée pour surveiller le travail, détecter les anomalies et prodiguer les premiers soins.

Si des complications surviennent, une prise en charge par un gynécologue-obstétricien ou un chirurgien, avec toute l’équipe nécessaire, est indispensable, notamment pour pratiquer une césarienne.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) fixe des normes en matière de personnel qualifié, mais dans de nombreux pays, les ressources humaines en santé restent insuffisantes. Cette pénurie est un défi majeur, surtout dans les contextes humanitaires. Pourtant, une sage-femme peut, par une surveillance continue, identifier les premiers signes de complication et orienter la femme à temps.

Libre Info : Quelles sont les conséquences médicales de la fistule ?

Dr Josiane Ouédraogo : Les conséquences médicales sont lourdes. Les fuites permanentes favorisent les infections urinaires et génitales. L’humidité constante provoque des irritations, des plaies et des lésions cutanées, entraînant un inconfort permanent et des douleurs.

La fistule compromet également l’anatomie de l’appareil génital, ce qui peut rendre les rapports sexuels difficiles, voire impossibles, en raison des douleurs, des fuites et des odeurs. Dans bien des cas, le conjoint s’éloigne ou refuse tout rapport, ce qui affecte profondément la vie du couple et réduit les possibilités de procréation.

Libre Info : Au-delà de la santé, quelles sont les conséquences sociales et psychologiques ?

Dr Josiane Ouédraogo : Les répercussions sociales et psychologiques sont souvent encore plus douloureuses que les séquelles physiques.

Dans de nombreux cas, la femme perd son bébé, car la fistule survient après un accouchement compliqué qui se termine souvent par une mortinaissance. Ce deuil est déjà une épreuve très difficile.

À cela s’ajoute parfois le rejet du conjoint. En raison des odeurs et de l’absence de vie intime, certaines femmes sont abandonnées ou voient leur mari prendre une autre épouse. Elles se retrouvent isolées et privées de soutien familial.

Dans plusieurs communautés, la femme atteinte de fistule est stigmatisée. Certaines l’accusent à tort d’être une sorcière, d’avoir trompé son mari ou d’être punie pour une faute. Ces croyances renforcent son exclusion et détruisent son estime de soi.

La maladie a aussi des conséquences économiques : beaucoup de femmes ne peuvent plus exercer leurs activités génératrices de revenus. Si elles vendaient des produits au marché, les clients les évitent par peur ou à cause des préjugés. Elles perdent ainsi leur autonomie financière.

En résumé, la fistule obstétricale ne touche pas seulement le corps. Elle bouleverse toute la vie de la femme : santé, vie de couple, maternité, équilibre psychologique, intégration sociale et autonomie économique. C’est pourquoi sa prévention, sa prise en charge et la lutte contre la stigmatisation sont essentielles.

Libre Info : Pourquoi certaines femmes victimes de fistule se retrouvent-elles isolées ou rejetées ?

Dr Josiane Ouédraogo : Dans de nombreuses communautés, cette maladie est entourée de préjugés. Certaines femmes sont accusées de sorcellerie ou d’infidélité. Il arrive même qu’on leur demande d’avouer une prétendue tromperie pendant l’accouchement, en leur faisant croire qu’elles seront guéries après cet aveu. Quand elles refusent, leur état est interprété comme une punition.

À force d’entendre ces accusations, la femme finit par se sentir responsable. Elle perd confiance en elle. Autrefois active et épanouie, elle se retrouve exclue de la vie sociale, parfois confinée chez elle, et n’est plus consultée dans les décisions familiales.

La fistule a aussi un impact économique : une femme qui vendait du soumbala, des beignets ou des galettes perd sa clientèle, car les gens la considèrent comme « sale » à cause des odeurs. Elle perd ses moyens de subsistance.

Sa vie conjugale est également bouleversée : les rapports sexuels deviennent difficiles, voire impossibles, et son mari peut la rejeter. Dans certains cas, l’utérus est si endommagé qu’il ne peut plus porter une grossesse. En Afrique, où la maternité est une valeur centrale, cette incapacité est vécue comme une perte immense.

Les croyances populaires aggravent encore la stigmatisation. Dans certaines communautés, la belle-famille refuse de prendre en charge la femme et la renvoie dans sa famille d’origine.

L’ignorance est la principale cause de cette stigmatisation : faute de comprendre l’origine médicale de la fistule, on l’associe à des causes mystiques ou surnaturelles. Certains y voient une malédiction ou une sanction divine.

À cela s’ajoute la honte ressentie par les femmes elles-mêmes. Les fuites incontrôlées peuvent provoquer des odeurs gênantes dans les lieux publics ou les transports. Par peur du regard des autres, beaucoup préfèrent s’isoler volontairement. Elles finissent par se replier sur elles-mêmes, tandis que leur entourage les regarde avec méfiance ou les rejette complètement.

Libre Info : Peut-on prévenir la fistule obstétricale et quelles sont les mesures les plus efficaces ?

Dr Josiane Ouédraogo : Oui, la fistule obstétricale est une maladie largement évitable.

La première mesure consiste à lutter contre le mariage précoce. Une jeune fille ne devrait être ni mariée ni enceinte avant que son corps soit suffisamment développé. Respecter l’âge légal du mariage et retarder la première grossesse réduisent considérablement les risques.

Il est également essentiel de promouvoir la planification familiale et l’espacement des naissances, afin de préserver la santé des femmes et de mieux préparer chaque grossesse.

L’éducation des filles joue aussi un rôle déterminant : une jeune fille qui poursuit sa scolarité est mieux informée sur sa santé, connaît ses droits et prend plus facilement des décisions favorables à son bien-être. L’autonomisation économique des femmes est un autre levier clé : une femme disposant de ressources financières peut accéder plus rapidement aux soins en cas de complication.

La prévention repose surtout sur un suivi régulier de la grossesse et un accouchement assisté par un personnel qualifié. En cas de difficulté, une prise en charge rapide – notamment une césarienne si nécessaire – permet d’éviter les lésions à l’origine de la fistule.

Au Burkina Faso, la politique de gratuité des soins de santé maternelle (consultations prénatales, accouchements et césariennes) constitue un atout majeur, en réduisant les obstacles financiers. La prévention est d’ailleurs le premier pilier de la lutte contre la fistule : elle passe par la sensibilisation des communautés, l’accès à des soins de qualité et la protection des droits des femmes et des jeunes filles.

Libre Info : La fistule obstétricale peut-elle être complètement guérie aujourd’hui ? Comment se fait la prise en charge ?

Dr Josiane Ouédraogo : Oui. Lorsqu’elle est diagnostiquée rapidement, certaines petites fistules peuvent cicatriser grâce à la pose d’une sonde urinaire pendant dix jours à deux semaines.

En revanche, lorsque la lésion est plus importante, une intervention chirurgicale est nécessaire. Au Burkina Faso, cette prise en charge est gratuite. Les résultats sont très encourageants : entre 90 et 95 % des femmes opérées guérissent complètement et retrouvent une vie normale.

Cependant, l’accès aux soins spécialisés reste un défi, car les structures de prise en charge sont encore peu nombreuses dans certaines régions. C’est pourquoi les autorités sanitaires, avec l’appui de partenaires techniques et financiers et d’organisations comme GenitCare, poursuivent leurs efforts pour rapprocher les services des femmes qui en ont besoin.

Libre Info : Où en est aujourd’hui la lutte contre la fistule obstétricale au Burkina Faso et quels sont les principaux défis à relever ?

Dr Josiane Ouédraogo : Le gouvernement burkinabè est pleinement conscient que la fistule obstétricale est une pathologie évitable. C’est pourquoi il a mis en place la gratuité des soins, notamment pour les accouchements et les césariennes, afin de lever les barrières financières. Lorsqu’une femme sait que les soins sont gratuits, elle est davantage encouragée à consulter rapidement.

La prévention repose également sur le renforcement des Soins Obstétricaux et Néonataux d’Urgence (SONU), qui constituent un pilier essentiel. À cela s’ajoutent d’autres actions indispensables : la scolarisation et l’alphabétisation des filles, leur autonomisation économique, la lutte contre les mariages précoces et la promotion de la planification familiale. Les subventions de l’État viennent appuyer ces efforts.

En ce qui concerne la prise en charge, le traitement est avant tout chirurgical. Comme je l’ai indiqué, la pose d’une sonde urinaire peut suffire pour les petites fistules, mais ces cas restent rares. Pour les lésions plus importantes, l’intervention chirurgicale s’impose.

Au Burkina Faso, ce traitement est également gratuit. Mais l’accès aux soins demeure difficile, car les structures capables de réaliser ces interventions sont peu nombreuses et souvent soutenues par des partenaires techniques et financiers. Les centres publics rencontrent parfois des difficultés pour assurer cette prise en charge.

À titre d’exemple, l’organisation GenitCare travaille en collaboration avec l’hôpital de Ouahigouya pour contribuer à la prise en charge des femmes souffrant de fistule. Certaines fistules complexes nécessitent plusieurs interventions avant une guérison complète. Malgré ces difficultés, le message reste porteur d’espoir : la fistule obstétricale est une affection qui peut être guérie.

Au-delà du traitement médical, la réinsertion sociale constitue une étape essentielle. La réparation chirurgicale ne se limite pas à refermer une lésion anatomique : les conséquences psychologiques, sociales et économiques demeurent importantes et exigent un accompagnement adapté.

Après une période de repos recommandée suivant l’intervention, la femme peut retrouver sa capacité à concevoir. Il est donc indispensable de favoriser sa réinsertion psychologique, sociale et économique. Beaucoup de patientes vivent dans une grande précarité et manquent même de savon pour assurer leur hygiène quotidienne. Il est essentiel de leur offrir des formations professionnelles, de soutenir leur autonomie financière et de faciliter leur retour dans la société.

Enfin, la coordination des actions constitue le dernier pilier de la lutte. Cette mission revient principalement à la Direction de la santé de la famille du ministère de la Santé, en collaboration avec le ministère de l’Action humanitaire et les différents partenaires. Ensemble, ils identifient les femmes atteintes, organisent leur prise en charge et leur apportent un accompagnement global. Dans certains cas, il est même nécessaire de répondre à leurs besoins alimentaires, car, comme le rappelle le spécialiste, « la nourriture est le premier médicament ». C’est grâce à la synergie de tous ces acteurs qu’il est possible d’offrir aux femmes concernées une véritable chance de guérison et de réinsertion.

Libre Info : Quel message souhaitez-vous adresser aux femmes victimes de fistule et aux familles pour encourager la prévention et la prise en charge ?

Dr Josiane Ouédraogo : La fistule obstétricale n’est pas une fatalité.

Son élimination est une priorité nationale au Burkina Faso. Chaque année, cette maladie prive de nombreuses femmes de leur dignité, de leur santé, de leur liberté et de leur place au sein de leur famille et de leur communauté. Pourtant, elle est évitable et guérissable. Grâce à la sensibilisation, à un meilleur accès à des soins obstétricaux de qualité et à une prise en charge adaptée, nous pouvons redonner espoir à des milliers de femmes.

J’appelle également toutes les personnes de bonne volonté à se mobiliser. Votre soutien est essentiel. Rejoignez les organisations engagées dans cette lutte, notamment GenitCare, afin qu’ensemble nous unissions nos forces pour mettre fin à la fistule obstétricale.

À la société tout entière, je lance un appel : ne rejetons pas les femmes atteintes de fistule. Elles ont besoin de notre soutien, de notre compassion et de notre solidarité, non de stigmatisation. Lorsqu’une femme retrouve sa santé et sa dignité, c’est toute sa famille, sa communauté et le Burkina Faso qui en bénéficient.

Les femmes du Burkina Faso comptent. Toutes les femmes comptent. Ensemble, redonnons de l’espoir à celles qui souffrent de la fistule obstétricale et bâtissons un Burkina Faso plus solidaire, plus inclusif et plus prospère.

Gratuité des soins au Burkina Faso : une politique à consolider pour les femmes et les enfants

Ouagadougou, 30 juillet 2026. La gratuité des soins de santé au profit des femmes enceintes et des enfants de moins de cinq ans est l’une des politiques sociales les plus emblématiques du Burkina Faso. Instituée par décret présidentiel en 2016, elle traduit une ambition forte : lever les obstacles financiers qui, combinés aux inégalités de genre, empêchent des millions de femmes et d’enfants d’accéder à des soins essentiels dans les structures publiques de santé.

C’est dans ce cadre que GENIT CARE AFRICA a pris part, les 14 et 15 juillet 2026 à Ouagadougou, au Forum national sur les politiques macroéconomiques sensibles au Genre au Burkina Faso. L’occasion pour l’association de contribuer à la co-production d’une note de synthèse — ou Policy Brief — initiée par l’ONG Christian Aid et son partenaire ATAD dans le cadre du projet Making Tax Work for Women (2024-2025), en présence d’organisations de la société civile dont BUSINESS AND PROFESSIONAL WOMEN.

Des acquis réels et reconnus

L’analyse conduite par Christian Aid et ses partenaires confirme que la politique nationale de gratuité des soins est bien connue et favorablement perçue par les populations. Ses effets sont tangibles : réduction des inégalités d’accès aux services de santé, atténuation des barrières financières, diminution des dépenses des ménages et renforcement de la prévention de la mortalité maternelle et infantile. Ces résultats placent cette politique en bonne position parmi les mesures en faveur du genre au Burkina Faso.

Des défis structurels qui persistent

Malgré ces avancées, la mise en œuvre de la politique se heurte à des obstacles majeurs que les bénéficiaires elles-mêmes ont rarement l’occasion d’exprimer. Les ruptures fréquentes de médicaments, de consommables et de réactifs compromettent la continuité des soins. Les coûts indirects pour les ménages — transport, alimentation, accompagnement — demeurent une réalité. Les longs délais d’attente et les insuffisances dans l’accueil altèrent la perception de la gratuité. Et l’augmentation rapide de la fréquentation des centres de santé n’a pas été accompagnée des investissements nécessaires en infrastructures et en personnel qualifié, mettant les agents de santé sous une pression croissante. À cela s’ajoutent des retards de remboursement aux formations sanitaires qui fragilisent la gouvernance de l’ensemble du dispositif.

Des recommandations portées par les bénéficiaires

Le Policy Brief formule des recommandations concrètes issues des bénéficiaires directs et indirects, de la société civile, des professionnels de santé et des instances parlementaires. Il s’agit notamment de garantir la disponibilité permanente des médicaments et consommables, d’intégrer les pharmacies privées dans le dispositif, d’améliorer le management des personnels de santé, de renforcer les mécanismes de financement communautaire et d’élargir le paquet de gratuité aux soins préventifs et aux groupes vulnérables.

La position de GENIT CARE AFRICA

Pour GENIT CARE AFRICA, cet investissement ne peut être pleinement efficace sans une prise en charge effective de la fistule obstétricale — cette blessure silencieuse qui continue de dévaster la vie de milliers de femmes burkinabè. L’association souscrit pleinement à la conclusion du Policy Brief : il faut faire de la gratuité des soins un investissement stratégique et non une simple dépense budgétaire, et en faire un levier puissant de l’émancipation des femmes et du développement durable du Burkina Faso. En marge du forum, un plaidoyer pour l’amendement de la Loi Organique relative à la Loi des Finances (LOLF) a également été porté, afin d’y inscrire des indicateurs sensibles au genre — une avancée institutionnelle que GENIT CARE AFRICA soutient avec conviction.

GENIT CARE AFRICA

CIPD+30 au Burkina Faso : GENIT CARE AFRICA a participé aux 24H de débats sur la démographie

Ouagadougou, le 23 juillet 2026. Il y a trente ans, la Conférence Internationale sur la Population et le Développement (CIPD) posait un principe fondateur : placer les populations au cœur du développement durable, en privilégiant les droits humains, la santé sexuelle et reproductive, et l’autonomisation des femmes. Trois décennies plus tard, où en est le Burkina Faso ?

C’est à cette question exigeante que des experts, des acteurs du développement et de nombreux jeunes ont tenté de répondre lors des 24 heures de débats sur la démographie, organisées par le MINISTERE DE L’ECONOMIE ET DES FINANCES à laquelle ont participé GENIT CARE AFRICA et l’Alliance des Jeunes pour le Développement Communautaire (AJDC) à l’occasion de la 36e Journée Mondiale de la Population.

Des avancées réelles, mais insuffisantes

Le bilan est nuancé. Le Burkina Faso enregistre des progrès tangibles depuis 1994 : hausse de l’espérance de vie, baisse du niveau de fécondité, amélioration de la scolarisation des filles et progression de la participation économique des femmes. Des avancées que le Directeur des politiques de population, Issa Zongo, a rappelées lors de la communication inaugurale, soulignant que ces résultats sont le fruit d’engagements politiques soutenus et d’efforts collectifs.

Mais ces progrès restent fragiles. Dans un pays où plus de 80% de la population a moins de 35 ans, les besoins en santé sexuelle et reproductive des jeunes demeurent largement non couverts. L’accès aux services de planification familiale, l’éducation sexuelle complète et la lutte contre les grossesses précoces restent des défis majeurs — en particulier dans les zones rurales et les régions affectées par l’insécurité.

La jeunesse, dividende ou bombe à retardement ?

Avec 72% de sa population en âge de travailler, le Burkina Faso dispose d’un potentiel démographique considérable. Mais ce dividende ne se réalisera que si les conditions sont réunies : instruction de qualité, insertion professionnelle effective, accès aux soins et respect des droits reproductifs. Comme l’a affirmé le représentant du Ministère de l’Économie lors du discours d’ouverture : « Investir dans la jeunesse, c’est investir dans la paix et dans un avenir souverain. »

Pour GENIT CARE AFRICA, cet investissement ne peut être complet sans intégrer pleinement les droits sexuels et reproductifs dans les politiques de jeunesse. Une adolescente privée d’information sur sa santé reproductive, sans accès à des services adaptés ou exposée aux violences basées sur le genre, ne peut pas être l’actrice de développement que le pays appelle de ses vœux.

L’engagement de la société civile

La participation active de GENIT CARE AFRICA à ces débats traduit une conviction : les organisations de la société civile ont un rôle irremplaçable pour porter les plaidoyers auprès des institutions pour que le plaidoyer soit assez fort. Trente ans après la CIPD, les droits reproductifs des femmes et des filles ne sont pas une option, ils sont une condition du développement durable du Burkina Faso.

La jeunesse burkinabè représente un dividende démographique exceptionnel. Sa transformation en levier de développement durable passe par trois impératifs : investir dans l’instruction, renforcer l’employabilité, et assurer l’inclusion numérique. GCA et l’AJDC s’engagent à porter ces combats, du terrain aux espaces de décision.

GENIT CARE AFRICA

BURKINA FASO / LEADERSHIP FÉMININ — Orokiatou TRAORÉ, 46 poches de sang et une vie entière au service des autres

Il y a des actes qui parlent plus fort que tous les discours. Celui d’Orokiatou TRAORÉ en est la preuve vivante.


Ce Samedi 11 juillet 2026, lors de la célébration nationale de la Journée Mondiale du Donneur de Sang à Fada N’Gourma, cette femme d’exception a été élevée au rang de Chevalier de l’Ordre de mérite de la santé et de l’action sociale avec agrafe santé par le Ministre de la Santé, Dr Robert Lucien Jean-Claude KARGOUGOU. Une distinction méritée, qui couronne un engagement aussi discret que précieux : 46 poches de sang données bénévolement, autant de vies sauvées dans l’ombre et la générosité.
La cérémonie officielle, présidée par le Ministre de la Santé et parrainée par le Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Pr Adjima THIOMBIANO, s’est tenue dans la salle polyvalente de Fada N’Gourma sous le thème porteur : « Une goutte d’humanité. Donnez du sang. Sauvez des vies. »

Une vocation née d’une rencontre

Tout a commencé simplement. Un agent du Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS) passe dans son service (CNSS) pour une collecte et lui explique l’importance du don de sang. Ce jour-là, quelque chose change en elle. Depuis, sans interruption, elle donne.
« J’ai commencé à donner mon sang depuis le jour que le CNTS est passé à mon service pour une collecte. Depuis cette date et après le retrait de mes résultats, je donne de mon sang pour sauver des vies. » — Orokiatou TRAORÉ, Chevalier de l’Ordre de mérite de la santé


La femme : donneuse de vie et gardienne de la vie


Le geste d’Orokiatou TRAORÉ dépasse sa propre personne. Il interpelle toutes les femmes burkinabè. Car au-delà de donner la vie, la femme peut contribuer à la préserver par le don de sang, geste simple, accessible et salvateur.
Son message aux femmes est direct : « Les femmes doivent donner de leur sang pour sauver des vies » pour sauver des vies particulièrement lors des accouchements et des situations nécessitant une transfusion sanguine d’urgence.
Un appel qui résonne avec une acuité particulière dans le contexte de la santé maternelle au Burkina Faso, où l’hémorragie demeure la première cause de décès maternel.

GCA aux côtés des donneuses de sang

Genit Care Africa soutient pleinement cette dynamique. Promouvoir le don de sang bénévole, c’est agir directement pour la survie des femmes enceintes, des accouchées et de tous ceux qui dépendent des produits sanguins labiles pour survivre. Chaque poche de sang donnée est une mère sauvée, un enfant qui garde sa maman, une famille préservée.
La distinction d’Orokiatou TRAORÉ envoie un message fort : le leadership féminin ne se mesure pas seulement aux postes occupés. Il se mesure aussi aux vies sauvées, une poche de sang à la fois.

Genit Care Africa, Burkina Faso

ENFANCE & DROITS — « Manger ensemble, Grandir ensemble » : quand la masculinité positive prend racine dès l’enfance

Ce mercredi 3 juin 2026, le siège de Genit Care Africa (GCA) a accueilli la 9e séance du projet « Manger ensemble, Grandir ensemble » (MEGE)— une session particulièrement riche, placée sous le signe de l’égalité, du respect et de la paix.

Après le service de 30 repas communautaires, 10 enfants— dont #une_fille — ont pris part à un programme en trois volets, alliant éducation aux droits, expression artistique et ancrage culturel.

🔴Éduquer pour transformer : l’atelier masculinité positive

La séance a débuté par une introduction à la masculinité positive, animée par Dr Josiane. Au cœur des échanges : les droits sexuels et reproductifs comme processus continu, qui commence dès l’enfance. Pour les jeunes garçons notamment, il est fondamental d’acquérir, tôt, des repères clairs sur les relations de genre — respect mutuel, déconstruction des stéréotypes, égalité des droits et prévention de toutes formes de discrimination.

Les discussions ont porté sur un principe simple mais essentiel : il n’existe pas de tâches ou de métiers réservés à un sexe. Les enfants ont activement participé aux échanges et exercices, démontrant une compréhension remarquable des notions abordées, et ont été initiés à la reconnaissance des symboles féminin et masculin.

🔴Mémoire culturelle et vie au village

Mme Sougué a conduit un atelier de schématisation d’objets du quotidien villageois — seau, gobelet, canari, case, grenier, mortier, pilon. Un exercice ancré dans les réalités locales, qui a ouvert un espace d’échange riche sur les représentations et perceptions de la vie communautaire, tout en valorisant le patrimoine culturel burkinabè.

🔴La paix comme œuvre d’art

La session s’est conclue par un atelier de peinture autour du thème de la paix, avec matérialisation des symboles féminin et masculin sur toile. Chaque enfant a exprimé sa propre vision de la paix — une créativité libérée, une parole donnée, une dignité affirmée.

L’ambiance participative et conviviale qui a marqué cette 9e séance confirme une évidence : ces enfants, trop souvent invisibles, ont des choses profondes à dire et à créer. GCA leur en donne l’espace et les outils.

Pour les séances à venir, le programme continuera de transmettre à ces enfants non scolarisés des valeurs fondamentales —respect, égalité, responsabilité— plutôt que de laisser ces sujets essentiels à l’improvisation ou aux sources non vérifiées.

✍️ Chargé de la Communication de l’Association Genit Care Africa

« Une femme ne devrait jamais perdre sa dignité en donnant la vie », Dr Josiane Ouédraogo

Elle a vu des femmes mourir en couches. D’autres survivre… mais avec une vie brisée. Des femmes qui, après avoir donné la vie, se retrouvent à perdre leurs urines, leur dignité et même leur foyer souvent. Depuis près de 30 ans de carrière, Dr Josiane Ouédraogo, gynécologue obstétricienne et fondatrice de l’association Genit Care Africa, mène un combat acharné contre la fistule obstétricale au Burkina Faso. À l’occasion du 23 mai, Journée mondiale pour l’élimination de la fistule désignée comme “la maladie de la honte”, elle revient sur son parcours entre formations, soins et soutiens humanitaires.

Dans son bureau, Dr Josiane Ouédraogo parle de la fistule obstétricale avec une précision, car depuis près de 30 ans, elle est engagée pour l’éradication de cette maladie au Burkina. Des femmes rejetées, humiliées, parfois abandonnées dès la maternité, elle en a rencontré, mais à ses débuts, impuissante d’apporter un soutien. « Très tôt, à mes débuts dans la médecine, ou j’étais d’abord généraliste, j’ai été sensible à la mort des femmes et à la mort des nouveau-nés. Je me suis dit qu’il était absolument inacceptable que des femmes meurent en donnant la vie », confie-t-elle.

Médecin depuis 29 ans, elle a exercé aussi bien dans le privé que dans le public, en milieu rural comme urbain. Son parcours l’a menée à Fada N’Gourma où elle y a passé 15 ans. C’est là-bas qu’elle découvre l’ampleur du drame silencieux que vivent les femmes atteintes de fistule obstétricale. « Je voyais des femmes qui ne mouraient pas après l’accouchement, mais qui étaient complètement abîmées. Elles survivaient… mais leur vie basculait », déplore-t-elle.  

À l’époque, elle ne savait pas encore réparer ces lésions. Elle ignore même comment prévenir ou accompagner psychologiquement ces patientes. Puis viendra la spécialisation au Bénin, avant un retour au Burkina Faso. De son retour au pays, elle fait une rencontre qui va changer le cours de son engagement : celle du Dr Guiro Moussa, aujourd’hui chirurgien urologue à l’hôpital Saint-Camille de Ouagadougou.

Elle revient aujourd’hui sur cette rencontre, dit-elle, a bouleversé sa vie, sa carrière et sa personnalité. « Un jour anodin, il m’a dit : “Petite sœur, viens, on va opérer une femme atteinte de fistule obstétricale.” Je croyais qu’il plaisantait. Mais il m’a donné le bistouri et il m’a fait confiance », se remémore-t-elle.

Dans ses souvenirs, elle revoit encore sa première intervention :  la peur de faire des erreurs. En chirurgie, dit-elle, « l’erreur n’est pas autorisée ». Mais en fin, elle réussit le coup sous la conduite du Dr Guiro.

A Fada N’Gourma, grâce à un soutien du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), elle bénéficie d’une formation à Addis-Abeba, en Ethiopie. Là-bas, un détail la marque : des patientes opérées de fistules obstétricale deviennent des ambassadrices de la lutte contre la maladie. « Là-bas à Addis, c’est une femme opérée de fistule obstétricale qui m’a appris à opérer la fistule obstétricale. Les femmes guéries devenaient actrices de leur propre combat », relate-t-elle.  

Qu’est-ce que c’est que la Fistule Obstétrical ?

La fistule obstétricale, explique-t-elle simplement, est « un trou » qui se crée entre le vagin et la vessie, ou parfois entre le vagin et le rectum, après un accouchement difficile et prolongé. Résultat : les urines ou les selles s’écoulent continuellement par le vagin, sans que la patiente ne puisse se contrôler. « C’est un problème mécanique lié à l’accouchement. La tête du bébé reste coincée trop longtemps. Les tissus meurent et laissent une ouverture », ajoute-t-elle.

Les conséquences sont terribles. Au-delà des douleurs physiques et des infections répétées, la femme perd progressivement sa place dans la société et est obligée de s’isoler. « L’odeur de l’urine est très forte. La femme elle-même finit par avoir honte d’elle-même. Là où elle s’assoit, ça laisse des traces. Les gens la fuient. Souvent son mari l’abandonne, sa famille la rejette. Souvent, l’abandon commence dès la maternité. Le bébé naît mort. Puis le mari s’éloigne. La famille aussi. Socialement, elle perd sa valeur », déplore-t-elle.

Pourtant, insiste la gynécologue, la fistule obstétricale se soigne. Lorsqu’elle est détectée tôt, une simple sonde urinaire placée pendant quelques semaines peut permettre la guérison. Mais dans les cas avancés, la chirurgie devient indispensable. Certaines patientes, révèle Dr Josiane, guérissent après une seule intervention, d’autres par contre peuvent subir plusieurs opérations, parfois plus de dix.

Et contrairement aux idées reçues, une femme opérée peut retrouver une vie normale, peut accoucher, et peut vivre paisiblement dans son foyer.

« Elle peut retomber enceinte et avoir un enfant. Mais l’accouchement devra obligatoirement se faire par césarienne programmée pour éviter que la fistule ne revienne », souligne-t-elle.

Et aussi, la fistule n’est absolument pas contagieuse.

« Ce n’est pas parce qu’on s’assoit à côté d’une femme atteinte qu’on va attraper la fistule. Il faut bannir cette peur et cette stigmatisation. La fistule n’est aucunement une maladie contagieuse », précise-t-elle.

27 milliards FCFA pour la lutte contre la fistule, le gouvernement burkinabè engagé pour la dignité des femmes  

Au Burkina Faso, la lutte contre la fistule bénéficie d’un cadre de planification soutenu par l’État et des partenaires comme l’UNFPA et l’ambassade de Belgique avec un objectif commun : éliminer la fistule obstétricale d’ici 2030.

Selon Dr Josiane Ouédraogo, l’Etat burkinabè investit environ 7 milliards de francs CFA dans la lutte contre la fistule à travers notamment la gratuité des soins (il y a un gap de 20 milliards a mobiliser pour aller a l’élimination de la fistule obstétricale. « Il faut reconnaître que l’État a pris la mesure du problème. La prise en charge de la fistule fait partie de la gratuité des soins. Mais sur le terrain, les femmes restent extrêmement pauvres et le matériel adéquat pour la chirurgie reste insuffisant », indique-t-elle.

Pour elle, la lutte contre la fistule est multisectorielle. Elle dépasse largement le seul cadre médical. « La fistule est une question de santé, mais aussi d’éducation, d’infrastructures  routières, de droits humains, de promotion de la femme. C’est une lutte multisectorielle », a-t-elle souligné.

Elle évoque également les « 3 principaux retards » qui favorisent l’apparition de la maladie surtout en zone rurale : le retard à décider d’évacuer la femme en travail, le retard dans sa prise en charge au centre de santé, puis le retard dans l’accès aux soins spécialisés. « Une femme en travail ne doit pas voir le soleil se coucher deux fois. Il faut la libérer pour éviter des séquelles. Pendant le travail d’accouchement, la tête du bébé qui est dure, si elle n’a pas assez d’espace pour sortir, elle cogne le bassin de la femme, et cela peut laisser une plaie, ronger les tissus mous qui vont se décoller et laisser de graves blessures et la la fistule est ainsi créée », martèle-t-elle.

Un appel à aider, soutenir et accompagner les patientes

Dans un appel, la gynécologue invite la société entière à changer de regard sur les femmes touchées. « Une femme qui souffre de fistule a besoin d’amour, d’accompagnement et non de rejet », lance-t-elle. A L’endroit des patientes, elle interdit la solitude. « Qu’elles ne se cachent pas. La fistule se guérit et la prise en charge est gratuite. Elles peuvent retrouver leur dignité et cela, en se rendant le plus tôt possible dans un centre de santé médical », affirme-t-elle. Elle invite également à un élan de solidarité pour mobiliser des ressources endogènes (dans le cadre de notre souveraineté) pour combler le gap pour être au rendez-vous de 2030.

Et sur ces mots, c’est le combat d’une femme qui, depuis des années, refuse qu’une autre femme soit condamnée à vivre dans l’humiliation pour avoir simplement donné la vie.

Diane SAWADOGO/ MoussoNews

❖ Entretien Exclusif avec Dr Aïssata Ouédraogo, Urologue-Andrologue au CHR de Ouahigouya

« Soigner une fistule, c’est redonner la vie » Dr Aïssata Ouédraogo, Urologue-Andrologue CHUR de Ouahigouya · Burkina Faso

À l’occasion de la Journée Internationale pour l’Élimination de la Fistule Obstétricale, GENIT CARE AFRICA a recueilli le témoignage scientifique et humaniste du Dr Aïssata Ouédraogo, urologue-andrologue au CHUR de Ouahigouya. Spécialiste engagée dans la prise en charge chirurgicale des fistules, elle lève le voile sur une réalité médicale et sociale encore trop silencieuse au Burkina Faso.

GENIT CARE AFRICA  |  Docteur Ouédraogo, pour les communautés qui entendent parler de fistule obstétricale pour la première fois, pouvez-vous nous expliquer simplement ce qu’elle est, comment elle survient et pourquoi elle est si dévastatrice ?

Dr Aïssata Ouédraogo — Urologue-Andrologue

DÉFINITION CLINIQUE

Fistule vésico-vaginale : communication anormale entre le vagin et la vessie, entraînant une perte involontaire et permanente d’urine.
Fistule recto-vaginale : communication entre le vagin et le rectum, provoquant une perte incontrôlée de selles.
Cause principale : un travail d’accouchement prolongé, sans assistance médicale rapide et qualifiée.

La fistule obstétricale est une maladie aux conséquences multidimensionnelles : physiques, psychologiques, sociales et économiques. La perte permanente d’urine ou de selles expose la femme à une forte stigmatisation sociale et, fréquemment, à une dépression profonde. Ce n’est pas seulement le corps qui est atteint — c’est la dignité entière de la femme qui est mise à l’épreuve.

GENIT CARE AFRICA  |  Quelle est la situation réelle de la fistule obstétricale au Burkina Faso aujourd’hui ? Quels profils de femmes sont les plus touchés et quelles zones sont les plus à risque ?

Dr Aïssata Ouédraogo — Urologue-Andrologue

21 450 cas enregistrés au Burkina Faso entre 2016 et 2024 (Annuaires statistiques MS)2 380 cas en moyenne par an sur la période~4 000 cas enregistrés en 2021, pic le plus élevé de la décennie

Ces chiffres concernent principalement des femmes en âge de procréer, entre 15 et 49 ans. Les régions du Nord, du Sahel et de l’Est ont concentré le plus grand nombre de signalements en 2025 — des zones directement affectées par l’insécurité, où l’accès aux soins obstétricaux d’urgence est sévèrement compromis.

Au service d’urologie-andrologie du CHUR de Ouahigouya, la prise en charge est effective et pluridisciplinaire. Ces cinq dernières années, l’équipe a traité 50 femmes pour fistule urinaire, dont 46 d’origine obstétricale. Nombre d’entre elles provenaient de zones à fort défi sécuritaire, certaines ayant même traversé des frontières depuis la sous-région pour accéder aux soins.

GENIT CARE AFRICA  |  Le thème 2026 appelle à investir pour mettre fin aux blessures liées à l’accouchement. Quel est le lien concret entre l’absence de personnel qualifié et l’apparition de la fistule ?

Dr Aïssata Ouédraogo — Urologue-Andrologue

Le personnel de santé qualifié joue un rôle déterminant à chaque étape : il assure le suivi prénatal, surveille le travail d’accouchement à l’aide du guide de gestion du travail (GGTA), détecte les signes de dystocie — c’est-à-dire la difficulté à accoucher par les voies naturelles — et prend les décisions qui s’imposent, notamment l’évacuation d’urgence.

MÉCANISME MÉDICAL DE LA FISTULE OBSTÉTRICALE

Lors d’une dystocie prolongée, la tête du nouveau-né reste bloquée dans le vagin et comprime la vessie et les tissus vaginaux, compromettant leur vascularisation.
Cette compression entraîne une nécrose tissulaire : les cellules privées d’oxygène meurent et laissent place à un orifice anormal — la fistule.
Un professionnel qualifié sait également que la vessie doit être vidée avant la naissance de l’enfant — un geste simple, mais décisif.

En d’autres termes, la présence d’un personnel qualifié ne sauve pas seulement la vie de l’enfant : elle protège celle de la mère et prévient une blessure qui pourrait l’accompagner pour le reste de ses jours.

GENIT CARE AFRICA  |  La fistule est traitable. Pouvez-vous nous expliquer le parcours de soins, les chances de guérison et les obstacles à l’accès aux soins au Burkina Faso ?

Dr Aïssata Ouédraogo — Urologue-Andrologue

Il est fondamental de rappeler deux points essentiels : la fistule obstétricale se guérit, et sa prise en charge est entièrement gratuite au Burkina Faso. Cette information doit atteindre chaque communauté, chaque famille.

PARCOURS DE SOINS CHIRURGICAUX

1. Accueil et évaluation : rassurer la patiente, examen clinique complet pour objectiver et classifier la fistule.
2. Bilan préopératoire : prélèvements sanguins, échographie, scanner si nécessaire, consultation préanesthésique.
3. Préparation : mesures visant à améliorer l’état général de la patiente avant l’intervention chirurgicale.
4. Intervention puis hospitalisation prolongée — parfois jusqu’à un mois pour les patientes des zones à fort défi sécuritaire.

Taux de succès de la prise en charge des fistules obstétricales au CHUR de Ouahigouya. Pour les fistules simples, le taux de guérison peut atteindre 100%. Ces résultats dépendent de la gravité de la fistule, du nombre d’interventions antérieures et de l’expérience du chirurgien.

GENIT CARE AFRICA  |  Au-delà de la blessure physique, la fistule entraîne un isolement social profond. En tant que soignante, comment percevez-vous cette double souffrance ? En quoi constitue-t-elle une violation du droit fondamental à la santé ?

Dr Aïssata Ouédraogo — Urologue-Andrologue

En tant que femme et soignante, je perçois très clairement cette souffrance. Chaque cas est singulier, chaque histoire est particulière. L’écoulement permanent d’urine ou de selles génère des odeurs, des infections répétées, des lésions cutanées douloureuses. Tout cela pousse la femme à s’isoler — parfois sous la pression de son entourage, parfois d’elle-même, par honte ou par crainte du rejet.

Elle cesse de se rendre au marché. Elle va puiser l’eau seule, à l’écart. Elle se retire des cérémonies et des espaces de vie collective. La réinsertion sociale, même après la guérison chirurgicale, reste parfois un combat long et douloureux.

Soigner une fistule obstétricale, ce n’est pas seulement fermer un orifice. C’est redonner la vie à une femme qui ne demande qu’à exister.

— Dr Aïssata Ouédraogo · CHUR de Ouahigouya

Sur le plan des droits, la garantie du droit à la santé implique la disponibilité des services de santé maternelle, leur accessibilité géographique et financière, leur acceptabilité culturelle et la qualité des soins offerts. Lorsque l’un de ces piliers fait défaut, la fistule obstétricale reste une réalité. Son élimination est donc indissociable de la réalisation pleine et entière du droit à la santé pour toutes les femmes.

GENIT CARE AFRICA  |  Le thème 2026 interpelle gouvernements, bailleurs et acteurs de santé. Quels investissements concrets sont urgents pour atteindre l’objectif d’élimination d’ici 2030 ?

Dr Aïssata Ouédraogo — Urologue-Andrologue

Le gouvernement burkinabè s’est engagé à éliminer la fistule obstétricale d’ici 2030. Pour honorer cet engagement, trois axes d’investissement sont incontournables.

INVESTISSEMENTS PRIORITAIRES 2026–2030

Infrastructures de proximité : développer des plateaux techniques obstétricaux dans les zones rurales et sécuritairement vulnérables, pour réduire les délais d’accès aux soins d’urgence.
Formation des ressources humaines : former massivement des sages-femmes et des chirurgiens spécialisés — urologues et gynécologues — dans la prise en charge chirurgicale des fistules.
Politiques publiques inclusives : garantir l’accès universel aux soins obstétricaux d’urgence et inscrire la lutte contre la fistule comme priorité nationale, avec un financement durable et prévisible.

Un financement durable est la condition sine qua non pour que cette lutte soit effective. Il assure la continuité des soins, la formation des équipes médicales et la mise en place de politiques qui garantissent à chaque femme une vie digne et sans fistule.

GENIT CARE AFRICA  |  En ce 23 mai 2026, quel message souhaitez-vous adresser aux femmes qui vivent ou ont survécu à la fistule, ainsi qu’aux familles et communautés qui les entourent ?

Dr Aïssata Ouédraogo — Urologue-Andrologue

Aux femmes qui vivent avec la fistule ou qui l’ont surmontée : vous n’êtes pas seules. Votre courage est une lumière qui inspire bien au-delà de vos foyers. La fistule n’est pas une fatalité, et elle ne définit pas ce que vous êtes. Avec des soins, de la solidarité et un engagement collectif, il est possible de guérir et de retrouver pleinement sa place dans la société.

Aux gouvernements, aux communautés et aux familles : continuez d’entourer vos filles, vos sœurs, vos épouses de respect et de soutien. Ce combat est collectif. Il appelle à la compassion, à la mobilisation et à la conviction que, lorsque nos forces s’unissent, la douleur peut se transformer en victoire et l’exclusion en renaissance.

La seule arme véritablement efficace contre la fistule obstétricale reste la prévention. Chaque naissance assistée par un personnel qualifié est une fistule évitée, une femme sauvée, une famille préservée.

— Dr Aïssata Ouédraogo · 23 mai 2026

« Pour la dignité de toutes les femmes »   Entretien réalisé par GENIT CARE AFRICA Santé Sexuelle & Reproductive · Droits · DignitéDr Aïssata Ouédraogo Urologue-Andrologue CHUR de Ouahigouya

Mot de la Présidente à l’occasion de la Journée Internationale pour l’Elimination de la Fistule Obstétricale

Thème : « Sa santé est un droit. Investissez pour mettre fin à la fistule et aux blessures liées à l’accouchement »

Ouagadougou, le 23 mai 2026

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Chères partenaires, chers acteurs de la santé, chères communautés,

Chaque année, des milliers de femmes africaines et burkinabè en particulier portent sur leur corps les conséquences d’un accouchement non assisté. La fistule obstétricale n’est pas une fatalité. C’est le signe visible d’un système de santé qui n’a pas encore atteint toutes ses filles.

Elle touche principalement des femmes et adolescentes pauvres, vivant en zones rurales ou affectées par l’insécurité, ayant un accès limité aux soins obstétricaux d’urgence.

Les conséquences sont multiples : – Incontinence chronique – Infections récurrentes – Isolement social, stigmatisation et violences – Pauvreté extrême et perte de moyens de subsistance.

Malgré les efforts existants, les défis majeurs persistent : – Dépistage communautaire insuffisant – Retards dans la référence vers les services de réparation – Manque d’accompagnement psychosocial et socio-économique post-réparation – Faible implication structurée des organisations communautaires féminines.

En cette Journée Internationale pour l’Élimination de la Fistule Obstétricale, GENIT CARE AFRICA réaffirme avec force : « la santé sexuelle et reproductive est un droit fondamental, non négociable, pour chaque femme et chaque fille, où qu’elle vive sur notre territoire ».

Le thème de cette édition 2026 nous appelle à l’action concrète. Investir dans la prévention, dans les soins obstétricaux d’urgence, dans la formation des agents de santé communautaires, dans la déstigmatisation des survivantes, dans la prise en charge de qualité— c’est investir dans la dignité humaine et dans l’avenir de nos nations.

Nous appelons les gouvernements, les bailleurs de fonds, les organisations de la société civile et les communautés à conjuguer leurs efforts pour que, d’ici 2030, aucune femme du Burkina Faso ne souffre plus de cette blessure évitable.

Ensemble, construisons un système de santé qui protège, qui inclut et qui répare.Pour la dignité de toutes les femmes!

Josiane Ouédraogo Présidente de GENIT CARE AFRICA